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Histoire de la filature -1-
La création de l'entreprise
C'est vers 1830 que l'usine de filature s'installa dans les lieux qu'elle occupe encore aujourd'hui, à coté d'un moulin à blé, et au bout d'un canal dérivant une partie des eaux de la Séveraisse, qui procurait la force motrice nécessaire au moulin et à la filature. L'eau nécessaire au lavage de la laine en suint provenait des sources d’eau claire nombreuses à cet endroit situé en creux de vallée.
Il semble qu'une autre filature ait existé un temps au confluent du Drac et de la Séveraisse, au lieu dit "la Trinité".
Cette filature (ou ses exploitants) migrèrent vers la filature actuelle vers le milieu du 19ème siècle en y transportant probablement le matériel et le personnel (on délocalisait déjà à l'époque). La filature fut acquise vers 1870 par un des ouvriers tisserands, Joseph Allemand (né en 1841).
Son fils, Baptistin Allemand (né en 1870), prit sa succession et dirigea l'entreprise jusqu'en 1914.
La filature et la Grande Guerre
La Grande Guerre (1914 - 1918) fut, pour la filature, l'occasion d'évènements majeurs. D'abord, tous les hommes valides furent envoyés au front, et le travail essentiellement masculin jusqu'alors devint féminin par la force des choses : il fallait bien continuer à travailler la laine des moutons du pays, et il fallait aussi assurer la fabrication du tissu et du fil à tricoter utilisé localement pour vêtir les gens.
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Le patron, Baptistin Allemand étant parti avec tous ses ouvriers, ce sont les femmes qui les remplacèrent dans toutes les fonctions de l'entreprise, y compris la Direction.
Beaucoup ne revinrent jamais au pays. Parmi eux, Baptistin, le patron, ainsi que beaucoup d'autres dont les noms figurent aux Monuments aux Morts, érigés après la guerre.
Les femmes apprirent donc les métiers pratiqués jusqu'alors par des hommes, et participèrent à l'amélioration de la productivité en adaptant à leur conformation les tâches qui faisaient le plus appel à la force physique.
A cette époque, l'échange se pratiquait beaucoup : Les éleveurs-paysans venaient à la filature avec une charrette chargée de toisons qu'ils avaient souvent eux-mêmes prélevées sur le dos de leurs moutons. En échange, ils repartaient avec des coupes de tissu de laine (noir ou gris) pour les costumes, de la flanelle pour les sous-vêtements chauds d'hiver, et du fil à tricoter qui permettait aux femmes de confectionner des chaussettes ou des pull-overs.

La laine à tricoter était très généralement de la laine grasse, c'est à dire non débarrassée de son ensimage, préparation à base d'oléine qui permet de faciliter le travail de cardage.
L'oleine rendait la laine plus douce, et lui conférait un certain caractère hydrofuge. Elle donnait aussi à la laine une odeur caractéristique et inoubliable qui imprégnait toutes les salles de fabrication.
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