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Histoire de la filature -2-
Lucien Allemand
Après l'armistice, et par suite du décès de son père au cours de la guerre, Lucien Allemand (né en 1898) se retrouve chef d'entreprise à vingt ans. Il fait face avec persévérance, et reprend courageusement le flambeau légué par son père. En 1931, Lucien Allemand épouse l'institutrice d'un village voisin, Aurélie Robert, qui le secondera toute sa vie et deviendra la maman d'une nombreuse famille.

C'est d'abord à l'entreprise que Lucien Allemand consacre son temps et ses qualités. Grace à celles-ci, l'entreprise saura traverser la période sans dommage et survivre, malgré les évènements qui ont suivi la Grande Guerre, puis la deuxième guerre mondiale.
A cette époque, les ventes "montent" vers Paris. Elles sont le fait d'un petit nombre de représentants de commerce qui visitent de nombreuses boutiques. C'est l'âge d'or des petits magasins de quartier qui achètent des bottes d'écheveaux de quelques kilos, et revendent par écheveau.
La production de la force motrice se modernise grâce à l'activité, à proximité, des centrales hydrauliques et des fabricants grenoblois de turbines (Neyrpic).
En parallèle à ses activités professionnelles, Lucien Allemand est successivement élu Maire du village, puis Conseiller Général du canton, et enfin Président du Conseil Général des Hautes-Alpes.
Lucien Allemand s'est toujours occupé activement de la vie de son canton et de son département, en s'impliquant dans l'implantation des équipements de remontées mécaniques des stations de sport d'hiver (Serre-Chevalier) ou dans la construction d'une des plus grandes retenues artificielles nationales, le barrage de Serre-Ponçon.
De la laine en suint à la laine en bourre
Initialement, et jusque dans les années 50, la laine produite par les éleveurs de la région était reçue à la filature sous la forme de toisons brutes en provenance directe de la tonte. Les achats se faisaient généralement dans les villages. Les offres de prix d'achat étaient d'abord fixées aux enchères entre les acheteurs présents. Le meilleur prix, valable pour la séance était alors affiché, et les éleveurs décidaient ensuite individuellement de vendre ou pas au prix affiché.
Les lots étaient ensuite pesés et immédiatement embarqués dans un camion en direction de la filature.
Arrivées à l'usine, les toisons, de la dimension d'une grosse citrouille, étaient ouvertes, débarrassées à la main des pailles et brindilles, et la laine était soigneusement triée en fonction de sa provenance, les fibres du dos, des cuisses et du ventre n'ayant pas la même finesse . Quelquefois, l'ouvrier chargé de cette tâche avait la surprise de découvrir, au cœur de la toison, un ou deux cailloux bien lourds, destinés à "améliorer" le poids du lot à bon compte...
L'opération suivante consistait à laver sommairement la matière à l'eau dans un bassin en forme de couronne cylindrique dont le fond était formé par une tôle percée de trous. Le bassin était alimenté par une goulotte d'eau claire arrivant tangentiellement et animant le mélange du bassin d'un mouvement circulaire rapide. Le sable, les corps étrangers divers étaient éliminés par le mouvement circulaire et le passage, à chaque tour, sous le torrent de la goulotte d'alimentation.![]()
La laine était ensuite repêchée à la fourche, et transportée à la main au moyen de paniers d'osier, dans une grande cuve en cuivre à fond hémisphérique contenant de l'eau, chauffée à sa base par un feu de bois. Le bain était alors additionné de carbonate de sodium et de savon noir (savon de potasse), qui avait pour fonction de solubiliser le suint de la laine. Le suint est essentiellement constitué de lanoline, mélange complexe d'esters d'acides gras.
Après son passage dans la cuve, la laine était de nouveau repêchée et rincée à l'eau claire dans le bassin de lavage. Puis, la laine était mise à sécher au soleil sur une aire bétonnée. L'opération de séchage au soleil durait quelques heures (s'il faisait beau) et la laine était retournée à la main en milieu de journée. L'exposition au soleil avait également pour but de stériliser et de blanchir la laine sous l'effet des rayons ultra-violets, particulièrement actifs à 900 m d'altitude.
Puis, la laine sèche était emballée à la main dans des balles de jute, et transportée à dos d'homme vers le stockage, au dernier étage de la filature, sous les toits. Les balles de laine pesaient couramment 70 kg, et les porteurs les saisissaient avec des crochets en aciers munis de manches en bois. Il n'était pas question, alors, de trouver la charge trop lourde, ou de se plaindre de vertige en grimpant d'un pas hardi une échelle sans rampe surplombant la chambre à eau d'une des turbines... d'ailleurs, personne n'est jamais tombé...
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