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Histoire de la filature -3-
Le cardage
Avant d'arriver à l'élaboration du fil, la laine devait subir un certain nombre d'opérations unitaires groupées sous l'appellation générique de "cardage". Le cardage consiste à faire passer les fibres de laine entre deux cylindres munis de nombreuses pointes aiguisées plus ou moins fines, et animés de vitesses différentes. Le cardage a pour effet d'homogénéiser et d'aligner les fibres, et de les présenter sous la forme de "mèches", ébauche de fil qui n'a plus qu'à subir un étirage et une torsion. La première opération du cardage était le "battage".
L'opération de battage consistait à faire passer la matière dans une chambre traversée par un arbre muni d'une série de pointes en acier d'une vingtaine de centimètres, orientées en étoile perpendiculaires à l'axe. L'arbre comportait également des pales en bois provoquant, en tournant, un courant d'air dans la chambre.
On introduisait la laine à la main d'un coté de la chambre, et la laine se trouvait prise par les pointes tournantes, déchirée par des pointes fixes opposées et entraînée par le courant d'air provoqué par les pâles tournantes vers la sortie de la chambre.
La laine était ensuite répartie régulièrement à même le sol sur une épaisseur d'environ 60 cm. Un ouvrier répandait sur la laine au moyen d'une passoire, une émulsion d'oléine dans l'eau, opération qui s'appelle l’ensimage, qui consiste à imbiber la fibre d'une émulsion grasse facilitant le travail ultérieur de cardage.
Après l'ensimage, la laine était reprise à la main, pesée sur une balance romaine, et répartie sur le tablier d'alimentation de la première carde appelée aussi "drousse". Le cardage consiste à faire passer la laine sur un tambour cylindrique tournant garni d'une multitude de pointes fines obliques en acier de quelques millimètres de long, soigneusement aiguisées. Tout autour de ce cylindre animé d'un mouvement de rotation rapide (le tambour) se trouvent une série de cylindres plus petits les travailleurs, tournant ensemble à vitesse réduite. Le tapis d'alimentation conduisait la matière entre deux cylindres avaleurs (les alimentaires) garnis de fortes pointes courtes en forme de triangle, tournant à vitesse réduite (à la même vitesse que la table d'alimentation), puis sur un premier cylindre également garni de fortes pointes courtes, le rouletabosse. Le travail du rouletabosse consistait à déchirer les paquets de fibres. Les fibres étaient ensuite reprise par un cylindre intermédiaire, le transmetteur, puis envoyées vers le tambour. Les fibres de laine étaient donc arrachées alternativement du tambour vers les travailleurs, et des travailleurs vers le tambour par l'intermédiaire d'une autre série de cylindres garnis de pointes et tournant à plus grande vitesse, les dépouilleurs. Le travail de cardage était complété et régularisé par un cylindre spécial situé vers l'aval du tambour, le volant, garni de longue pointes et tournant à grande vitesse, chargé de récupérer les fibres sur le tambour et de les lui restituer aussitôt. Les fibres étaient ensuite arrachées au tambour par un second tambour plus petit (le peigneur) tournant à vitesse plus lente, puis détachées du peigneur sous la forme d'un voile fin, par un peigne animé d'un mouvement alternatif de haut en bas. Dans la première des ancienne cardes, le voile issu du peigneur s'enroulait autour d'un cylindre en bois, d'environ 120 cm de diamètre. Lorsqu'une certaine quantité de laine était cardée, un signal se déclenchait, et le léger matelas de fibres était détaché à bras depuis le cylindre enrouleur, puis remis sur le tapis d'alimentation de la deuxième carde, perpendiculairement au sens initial.

La deuxième carde fonctionnait sur le même principe que la première, mais à la sortie, le voile était rassemblé en un boudin de quelques cm de diamètre qui s'enroulait autour d'un manchon en bois sous la forme de bobines légères cylindriques de 40 cm de long et d'environ 40 cm de diamètre.
L'alimentation de la troisième et dernière carde (la fileuse), (comportant toujours les mêmes éléments) se faisait par les bobines fabriquées par la carde précédente, montées sur un cantre. Chacun des boudins subissait de nouveau le cardage parallèlement aux autres boudins. Le peigneur était séparé en éléments individuels (un par boudin) et le voile était constitué par une série de rubans parallèles. A la sortie de la carde, ces rubans passaient entre deux manchons en cuir animés d'un mouvement alternatif et opposé selon leurs axes, ce qui avait pour effet de rouler sur lui-même le ruban sous la forme d'une mèche continue. Toutes les mèches sortant parallèlement de la carde dite "fileuse" étaient enroulées régulièrement en gâteaux parallèles sur des rouleaux en bois garnis de joues en tôle.
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