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Histoire de la filature -4-
Le renvidage
L'opération la plus spectaculaire de la filature était le renvidage. Cette opération consistait à étirer une certaine longueur de fil, à la tordre sur elle-même, puis à enrouler le fil obtenu autour d'une broche, imitant le travail du rouet.
Initialement, l'opération était effectuée par une machine semi manuelle appelée mull-jenny (nom donné en l'honneur de sa fille Jenny par l'inventeur anglais de la machine au 18ème siècle, James Hergreaves). La mull-jenny a ensuite été remplacée par le renvideur.
Le renvideur était la machine textile la plus spectaculaire par sa largeur (20 ou 30 mètres), et par la succession des opérations qu'elle effectuait.

Le renvideur était alimenté par une série de rouleaux de mèches s'alignant sur une vingtaine de mètres de long. Les mèches passaient d'abord entre un cylindre moteur et un galet qui les pinçaient pour empêcher la torsion de se propager vers les rouleaux. Après le galet, elles s'enroulaient sur les broches portées par le chariot. L'axe des broches, légèrement incliné vers les galets permettait à la mèche de "sauter" à chaque tour ce qui engendrait sa torsion. La mèche en cours de torsion était maintenue en haut des broches par un fil de fer tendu tout le long du chariot.
Dans un premier temps, le chariot porte-broches reculait tendis que les galets alimentaient une longueur de fil égale à la course du chariot. Les broches étaient animées d'un mouvement de rotation lent permettant d'assurer une pré-torsion de la mèche. Puis, l'alimentation s'arrêtait, tandis que le chariot continuait sa course, assurant un certain étirage du fil pour l'amener au numéro métrique (longueur par unité de poids) choisi.
Ensuite, le chariot s'arrêtait, et les broches se mettaient à tourner à grande vitesse pour une torsion complète du fil. Puis, un second fil de fer tendu comme l'autre, le long du chariot, s'abaissait, tandis que le chariot avançait, si bien que le fil s'enroulait autour de la broche selon un schéma précis, afin de donner à la "fusée" (bobine de fil autour de la broche), la forme voulue. Le cycle reprenait sans fin, et l'ouvrier chargé des 200 et quelques broches devait s'assurer que tous les mouvements successifs se faisaient sans encombre, et réparait éventuellement "à la volée" les casses.
Le processus s'arrêtait pour le changement des rouleaux (quelques minutes par rouleau) et pour la "levée", opération consistant à extraire les fusées de leur broche et à amorcer une nouvelle fusée. A noter que le premier renvideur fabriquait des "fusées" sans aucun support d'enroulement, alors que celles de son successeur étaient enroulées sur des tubes en carton.
Toutes les opérations étaient réglables en amplitude et en durée au moyen de pignons interchangeables ou de réglages de courses d'éléments moteurs.
La mécanique trouvait là son apogée, et tous les systèmes mécaniques imaginables étaient présents sur un renvideur. C'est d'ailleurs le développement du textile qui a assuré le développement de la mécanique, au cours du 19ème siècle.
Le retordage
Le fil issu du renvidage et contenu sur les fusées s'il était apte au tissage, n'était pas assez gros pour permettre la confection de pull ou de chaussettes épaisses. De plus, il avait une tendance naturelle à se détordre en s'entortillant sur lui-même.
Pour résoudre ces problème, il suffisait de tordre plusieurs fils ensemble dans le sens naturel . L'opération du retordage était pratiquée sur une machine continue. Le principe du retordage continu consistait à combiner la torsion et l'enroulement du fil retordu autour d'un tube en carton enfilé sur la broche en faisant passer ce fil autour d'une aiguille prisonnière d'un chemin circulaire entourant la broche. Sous l'effet de la rotation de la broche, l'aiguille était entraînée en rotation autour le la broche, et l'enroulement du fil était assuré par la vitesse d'alimentation d'un système à galets, la torsion étant fonction de la vitesse d'alimentation et de la vitesse des broches.
Le chemin des aiguilles était en même temps animé d'un mouvement lent de va et vient pour assurer l'enroulement du fil à plat, combiné avec une variation de la vitesse des broches pour obtenir la conicité de la zone d'enroulement, et d'un mouvement très lent vers le haut pour assurer la croissance des bobines.
Nettement moins spectaculaire que le renvidage, ce principe de continu a été ensuite appliqué au filage, et le renvideur remplacé par le continu à filer où l'aiguille était remplacée par un anneau tournant sur un chemin circulaire entourant la broche.
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