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Histoire de la filature -5-
Les écheveaux
Le fil retordu était ensuite mis en écheveaux de poids constant au moyen d'un dévidoir, machine manuelle consistant en un cantre garni des bobines de fils issues du retordage, et d'une forme constituée par 4 pièces de bois poli réunies parallèlement et régulièrement entre elles à un gros axe central muni d'une manivelle.
L'ouvrière chargée de la confection des écheveaux chargeait le cantre avec les bobines, puis attachait chaque fil à une des pièces de la forme à écheveaux. Ensuite, elle donnait un nombre précis de tour de manivelle, afin de confectionner une série d'écheveaux de longueur de fil déterminée correspondant à un poids donné. En fin d'opération, le fil était cassé, et les 2 brins de chaque écheveau (le début et la fin) attachés en cravate autour de l'écheveau. Puis, la forme était pliée sur elle-même, les pièces de bois se rabattant 2 à 2 les unes sur les autres, ce qui permettait de faire glisser la brassée d'écheveaux d'un coté de la forme. La brassée était reliée au moyen d'un écheveau glissé à l'intérieur des autres écheveaux et repris sur lui-même.
L'ourdissage
Les opérations de tissage commençaient par la préparation de la chaîne. Le principe était simple, mais les opérations multiples et complexes : il s'agissait d'enrouler autour d'une ensouple plusieurs milliers de fils selon un arrangement bien précis qui devait correspondre au dessin du tissu final.
L'ourdissoir était une grande roue à axe vertical constituée de huit rayons doubles (un en haut, l'autre à 5 cm du sol) portant des barres en bois verticales à leurs extrémité. Ces barres constituaient une sorte de cage d'écureuil autour de laquelle des fils de chaîne étaient enroulés en brassées successives de 30 fils environ provenant d'un cantre convenable. La longueur de la chaîne était déterminée par le nombre de tours de l'ourdissoir (environ 30 m).
Les brassées successives étaient ceinturées à leur début et à leur fin par quelques tours de fils bien serrés.
Le nombre de brassées était tel que la chaîne qu'ils allaient constituer par assemblage comportait finalement environ 3000 fils.
Lorsque la dernière brassée était enroulée autour de l'ourdissoir, les extrémités des fils étaient décrochées, puis ceux-ci étaient assemblées en un boudin comportant les 3000 fils de chaîne, toutes les brassées étant de nouveau attachées ensemble de place en place pour éviter qu'elles s'embrouillent.
Le tout était emballé dans un "bourras" encore appelé "fleurier", (mot ignoré par le Petit Robert), carré de jute d'environ 2 m par 2 m qui permettait de transporter toute sorte de produits textiles. Le fleurier était transporté à dos d'homme jusque dans la salle des métier à tisser.
Le tissage
Le tissage était l'une des opérations maîtresses de l'activité textile. (D'ailleurs, notre entreprise s'est appelée un moment "filature et tissage du Valgaudemar").
Le tissage s'effectuait sur des métier à tisser dont le bruit caractéristique (le "bistanclaque" des canuts lyonnais) rythmait la vie de l'usine. Lorsque les 3 métiers travaillaient en même temps, le bruit devenait infernal. (Heureusement, le temps principal passé par un métier à tisser était l'arrêt, pour une cause quelconque).
Pour constituer la chaîne, 2 boudins de fil étaient passées sur un rondin en bois solidement fixé au plafond. Les files des boudins étaient enfilés dans un gros peigne et fixés sur une ensouple vide. 2 ouvriers saisissaient chacun un boudin et le faisaient passer sur leur cuisse et sur leur épaule, tout en le maintenant solidement à 2 mains. On faisait alors tourner lentement l'ensouple, et le fil de chaine s'enroulait autour , régulièrement tendu par les 2 hommes et réparti par le peigne. (Les opérateurs devaient veiller à ne pas se laisser entraîner vers le plafond).
L'extrémité des fils était ensuite rapprochée des lisses du métier à tisser, tandis que l'ensouple était fixée sur le métier. Les lisses, portées par des cadres, sont des fils métalliques verticaux tendus sur un cadre, et comportant un anneau dans leur partie centrale. Les fils de chaîne provenant de l'opération de tissage précédente restaient enfilés dans les anneaux. Ils passaient à travers le peigne battant et sortaient d'une bande de tissu laissée à la fin de l'opération de tissage et qui était ensuite solidement engagée autour du cylindre récepteur du tissus.
Il ne restait plus à la tisseuse qu'à nouer (on disait "apondre") les nouveaux fils aux anciens au moyen d'un nœud plat, opération relativement simple s'il s'agissait d'une chaîne unie, mais fort complexe lorsqu'elle tissait du tissu comportant des dessins comme l'écossais : 5 fils rouges, 12 fils gris, 40 fils bleus, 14 fils blancs... Et il fallait tomber juste à chaque brassée et à la fin de l'opération.
Ensuite, il fallait mettre le fil de trame en bobines spéciales montées sur les navettes : les "caribaris". Les navettes étaient montées dans des boites superposées dont le mouvement, complexe, était commandé par un canevas constitué par des chaînes plus ou moins longues selon la complexité du tissu. Ces chaînes comportaient des petites poulies placées à un endroit précis de l'axe des maillons, et commandaient le mouvement de cames qui déterminaient, à leur tour, la position de la boite porte-navette "active".
Le même principe commandait aussi le mouvement des cadres portant les lisses, ce qui faisait s'élever ou s'abaisser une catégorie particulière de fils de la chaîne.
Le tissage d'une pièce d'environ 30 m de long pouvait durer plusieurs jours. En fin d'opération, le tissu était déroulé de son cylindre et transporté en vrac pour l'opération de foulage.
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